Ma yourte en Mayenne : 36.000 euros et la bénédiction du maire…

Julien et Mélanie vivent avec leur fille sur un terrain non constructible de 1400 m2, à la campagne. Ils remboursent un petit emprunt qui leur offre une certaine liberté.

C’est l’histoire d’une réussite : une famille en yourte intégrée avec succès à un village. Alors histoire d’éviter l’appel d’air, on ne dira pas quelle est cette commune du sud Mayenne. Un indice ? Disons que ça se passe pas loin d’un bourg mignon, d’où partent des routes étroites qui serpentent entre les champs (vous êtes bien aidés, là).

Le long d’une de ces routes, derrière de hautes haies, il y a le terrain de Mélanie et Julien. Un gros bus, du genre que l’on garnit habituellement de collégiens, est planté là. A côté, un baraquement en dur façon toilettes de camping. Un peu plus à gauche encore, une yourte.

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Le terrain de Mélanie et Julien, en Mayenne (Benjamin Belliot-Niget)

C’est entre ces trois modules que vivent Julien et Mélanie, 35 et 30 ans, originaires de « Chiau » (comprendre Chateau-Gontier, la sous-préf du coin). Julien, charpentier au physique de charpentier, a construit la yourte lui-même.

« Il y a plusieurs types de yourtes. En traditionnelles, tu as les mongoles et les kazakhes. Les mongoles ont une pente de toit faible avec deux poteaux centraux ; les kazakhes sont plus proches de la nôtre, avec une pente de toit plus forte. Et il y a des yourtes contemporaines qui font plus de 80 m² ! La nôtre, on va plutôt dire qu’elle est semi-contemporaine. »

« On n’est pas des puristes ! »

La famille n’y passe pas tout son temps : le bus a été aménagé en deux chambres. Quant au bâtiment en maçonnerie, il se compose d’une salle de bain (avec toilettes sèches) et d’une buanderie. Ici, dans la yourte, c’est la pièce de vie. Où règne une agréable tiédeur, merci le poêle à bois et le puits de lumière.

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A l’intérieur de la yourte (Benjamin Belliot-Niget)

Entre deux bouchées « avion » pour leur fille Sacha, 16 mois, Mélanie tempère la radicalité de ce mode de vie :

« Nous on n’est pas des puristes question habitat alternatif, il y a plus engagé. »

Du genre ? En sirotant son thé, Julien explique que par exemple, certains adeptes ne jurent que par la toile en coton. Par goût et respect de la tradition, puisque c’est le matériau utilisé pour les yourtes natives.

« Le coton c’est sympa mais bon, au bout de quelques années, il faut changer la toile. Parce que la Mongolie, le Kazakhstan, ce sont des régions super sèches, mais là on est en Mayenne.

On a des amis dans le coin qui ont ça, eux ça fait trois fois qu’ils changent la toile. On a opté pour l’acrylique, si c’est bien entretenu dans vingt ans c’est encore bon. Ça verdit côté Nord mais c’est normal. »

« J’aime le confort, je ne m’en cache pas »

Donc puriste, le couple n’est pas. Julien assume son goût pour une vie pas trop difficile.

« On est raccordés à EDF. J’aime le confort, je ne m’en cache pas. Des fois il fait 17°C, on pourrait ne pas allumer le poêle, mais bon… C’est vrai qu’on abuse un peu parfois ! »

Niveau déco, on se serait attendu à quelque chose d’assez ethno. Pas du tout. Chaise haute, gazinière, canapé, on est dans l’intérieur assez standard du jeune couple avec enfant.

A l’extérieur, c’est pas la Toundra non plus. Fraîchement tondu comme le jardin d’un pavillon, le terrain abrite un grand potager. Et un étang que Mélanie creuse quand elle ne fait pas de l’aide à domicile. Si on rajoute à ça un grand soleil et la présence joyeuse d’un chien nommé Pablo, on aurait vite fait de s’emporter et de titrer cet article « La petite yourte dans la prairie ».

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Le jardin potager (Benjamin Belliot-Niget)

« On est tombé sur des gens ouverts »

D’ordinaire, dans les histoires d’habitat alternatif, il y a toujours le chapitre « vicissitudes de la vie administrative ». Parce que qui dit habitat alternatif, dit législation balbutiante (à noter l’effort de la loi Alur). Sans compter les relations aux édiles souvent soupçonneux.

Le couple achète en 2010 ce terrain non-constructible. Avec en cadeau bonus, le baraquement, raccordé à l’eau et à l’électricité. Erigé par le proprio précédent, le bâtiment n’est pas bien légal, bénéficiant seulement de la tolérance des élus (un phénomène déjà évoqué dans cette rubrique).

Ils vivent deux ans uniquement dans le bus. 2012 sera l’année de la yourte. L’idée, c’est d’avoir plus d’espace : Sacha s’apprête à pointer le bout de son nez. Les deux Mayennais vont alors à la rencontre du maire.

Celui-ci demande une explication du projet, des plans. Le couple fournit un dossier détaillé. Lors d’une réunion du conseil municipal, la situation de la yourte est validée. Comme dans du beurre (mayennais), quoi. Cette facilité à faire accepter le projet s’explique, selon Mélanie :

« C’est un petit village, ils sont contents d’avoir des jeunes couples qui s’installent. On est vraiment considéré comme des habitants du village : à notre arrivée il y a eu notre nom dans le bulletin municipal. Et puis je crois qu’on est tombé sur des gens ouverts. »

Au-delà des relations humaines, il y a aussi eu des considérations pragmatiques que relève Julien :

« Ce qui a été favorable, c’est le raccordement à l’eau et à l’électricité. Et puis la fosse d’épandage qui fait qu’on retraite nos eaux usées. »

Question intégration, la yourte est plus qu’acceptée par les gens du coin. Les quelques curieux qui ont osé s’aventurer au début ont été bien reçus. Les deux trentenaires ne se sont pas fait d’amis proches mais connaissent leurs voisins.

« Avoir plus de temps pour nous »

Bon, à un moment, on fait le bilan. Niveau financier, il n’est pas lourd. Pour moins de 40.000 euros, le couple a un chouette terrain à la campagne, 56 m² pour l’habiter, en additionnant les trois modules.

De quoi faire rêver pas mal de monde. A commencer par les concernés.

Julien, qui bosse en intérim et en CDD, insiste sur cette liberté financière.

« C’était le but de faire un minimum d’emprunt pour être “ tenu ” a minima. Tu regardes les prêts, ça finit toujours par te faire payer un tiers en plus.
Du coup tu as moins de besoins d’argent. Le but c’est d’avoir plus de temps pour nous, pour la petite. Pour nos petits projets, nos voyages. »

Philosophie que partage Mélanie : « C’est une liberté qui est précieuse de nos jours ! »

Eh, dites, ce ne serait pas un peu facile tout ça ? Euh… Il suffit de regarder le temps, l’énergie et l’ingéniosité nécessaire à la construction d’une telle yourte pour oublier cela.

Acte de propriété

Yourte de 38 m² dans le Sud Mayenne. Bus de 21 m². Bloc sanitaire de 17 m². Terrain de 1400 m².

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La yourte de Mélanie et Julien (Benjamin Belliot-Niget)

Achat et travaux : 35.900 euros

Terrain (en 2010) : 20.000 euros ;

Frais de notaire : 3500 euros ;

Frais d’agence : 3500 euros ;

Construction de la yourte (en 2012) : 5000 euros, grâce à des économies personnelles ;

Bus acheté pour 1900 euros et aménagé pour 2000 euros ;

Somme empruntée : Julien et Mélanie ont contracté un prêt de 27.000 euros sur huit ans, à un taux de 3,2%. Leur traite mensuelle est de 300 euros.

Charges : 94 euros par mois

Eau  : 17 euros par mois soit 200 euros par an ;

Electricité  : 50 euros par mois soit 600 euros par an ;

Bois  : 27 euros par mois soit 325 euros par an ;

Julien et Mélanie ne paient pas de taxe d’habitation, la yourte n’ayant pas le statut d’habitation. Concernant la taxe foncière, ils n’en sont pas redevables bien que déclarant le terrain.

Quant à l’assurance logement, elle est là aussi inexistante, la yourte, le bus et le bloc sanitaire n’étant pas assurables en tant que résidence.

Source : Rue89.nouvelobs.com

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