http://plopsymd.files.wordpress.com/2009/12/massai.jpgChercher et trouver sa cohérence intérieure, rester relié aux autres et à l’univers, c’est ce à quoi nous invite le peuple massaï. L’anthropologue Xavier Péron nous fait découvrir ce mode de vie dans son dernier livre, également manuel de développement personnel.

D’eux, on ne sait que leur longue silhouette au port altier drapé de rouge. Les Massaïs, un peuple d’éleveurs et de guerriers, figurants photogénique dans le Out of Africa ou des documentaires sur le Kenya. Ce que l’on ignorait, jusqu’au travail de l’anthropologue Xavier Péron, c’est qu’ils se transmettent de génération en génération une spiritualité riche, vécue au quotidien, d’une portée universelle et qui conçoit l’homme comme le co-créateur de l’univers.

Pour les Massaïs, comme pour la spiritualité amérindienne ou le Taoïsme, l’humain est avant tout un être relié. Aux autres, à son environnement et à une force intelligence qui le dépasse et qu’eux-mêmes nomment Enk’Ai,  » la déesse-mère, source de toute vie, explique Xavier Péron.  Elle prend différents aspects, multiplie ses manifestations, et chacun est en relation collective et individuelle avec elle, par les prières, les danses, les pensées comme par les actes. »

Enk’Aï envoie par exemple la pluie qui nourrit les bêtes et les hommes, mais aussi les épreuves qui leur permettent de grandir spirituellement« . L’anthropologue a vécu pendant des années parmi eux, a été initié à leurs rites et, depuis trente ans, poursuit une relation spirituelle intense avec Kenny, son ami et guide massaï.  » Chez eux, remarque-t-il, il n’existe ni philosophie ni dogme religieux; ils vivent la réalité en faisant corps avec elle, tout en ayant conscience  de ce qu’ils doivent apporter en tant qu’individus et membres d’une collectivité pour maintenir l’équilibre et l’harmonie dans la grande chaine de la vie« .

Selon lui, leur spiritualité peut se traduire par ces lignes de force : vaincre ses peurs, rester relié, ne pas créer de division en soi et autour de soi, tirer parti des épreuves, faire l’expérience de ce qui est.  » C’est ce que je m’efforce de pratiquer au quotidien et qui a changé ma vie, et c’est pour cela que je me sens leur passeur en Occident. Pour les hommes séparés, dispersés, agités que nous sommes devenus, il me semble important de diffuser leur message d’appel à l’unité intérieur, à l’ouverture de la conscience, deux ferments essentiels d’un vivre-ensemble plus juste et plus humain« . C’est cette voix que nous avons eu envie de faire entendre. Non pas pour idéaliser une culture ou un mode de vie, mais plutôt pour nous nourrir et nous inspirer. En découvrant les cinq piliers de la spiritualité
massaï.

 

  • 1. ILMAO : Accepter la dualité

Le terme « Massaï » provient du mot ilmao (  » les jumeaux « ), qui exprime la croyance selon laquelle toutes les choses sont reliées à d’autres pour former des pairs d’éléments complémentaires. Comme dans le tao avec sa figure du Yin et Yang, les contraires existent, mais ils ne sont pas antagonistes. La dualité règne à l’extérieur, comme le jour et la nuit, la pluie et la sécheresse ; et à l’intérieur de soi, où s’entrechoquent les élans d’altruistes et égoïstes, la peur et le courage…La refuser est, pour les
Massaïs, le meilleur moyen de souffrir et d’être en conflit avec les autres. D’où la nécessaire acceptation de la dualité du monde et des êtres.Une posture qui favorise la patience et la bienveillance.

La pratique : Identifiez vous jumeaux intérieurs.

Dressez la liste de vos qualités et corrélez chacune d’entre elles à un défaut et à des comportements qui ont pu vous conduire à des échecs ou à des conflits. Exemple :  » généreux  » peut aller de pair avec  » inconséquent « , la générosité peut aussi devenir attente de réciprocité et être source de désaccord lorsqu’elle reste à sens unique. Le but est de poser sur soi et sur les autres un regard nuancé et indulgent.

Mettez en adéquation vos mots et vos actes pour éviter la dissonance et les antagonistes, sources de déséquilibre personnel et relationnel. Actes et mots doivent être jumeaux. Aucune différence entre le dire et le faire chez les Massaïs, qui savent par expérience que cette cohérence est la garantie de relations saines et durables.

 

  • 2. ENCIPAÏ : Être dans la joie

Pour les Massaïs, la joie n’est pas un but mais un point de départ. Elle est la manifestation du lien vivant qui les unit à la déesse-mère, source de toute vie. La gratitude nourrit la joie, qui, à son tour, renforce le sentiment de gratitude. Gratitude d’être en vie, de pouvoir se nourrir, de pouvoir partager les épreuves et les réjouissances…Partager et se réjouir ensemble, mettre en lumière ce qui va bien, faire preuve d’humour sont autant de pratiques qui entretiennent chaque jour la joie de vivre. Être dans la joie est également une forme de politesse que l’on doit aux autres, elle génère un confort relationnel dont chacun profite. D’ailleurs, les Massaï ont l’habitude d’annoncer une mauvaise nouvelle en la  » coinçant  » entre bonnes. Cette formulation met du baume au cœur de celui qui la reçoit et allège le fardeau de celui qui la transmet.

La pratique :  Cultivez la gratitude au quotidien, en commençant par prendre conscience des dons, aussi minuscules soient-ils, que vous recevez. La porte que l’on vous tient, le sourire que l’on vous adresse, le repas que vous partagez…Donnez à votre tour, en conscience, du temps, des compliments, des conseils, toutes ces petites choses qui adoucissent et embellissent les journées de ceux qui vous entourent.

Positivez en  » enserrant  » une pensée ou un fait négatif entre deux pensées ou faits positifs, comme le font les Massaïs.

Reconnectez-vous à l’énergie de la nature. C’est elle qui nous fait sentir maillons de la grande chaine du vivant. Rien de tel que s’adosser à un arbre et de perdre son regard dans sa frondaison jusqu’à se sentir un avec lui pour retrouver sérénité et force intérieur. Deux éléments constitutifs du bonheur d’être.

 

  • 3. OSINA KISHON : Accueillir la  » souffrance-don »

Sans souffrance, pas d’éveil. C’est la conviction profonde des Massaïs, qui voient, dans les épreuves envoyées par Enk’Aï, l’opportunité de grandir. Un de leurs proverbes sacrés en témoigne :  » La chair qui n’est pas douloureuse ne ressent rien. » Dans cette perspective, ils remercient la déesse-mère de placer  l’épreuve-opportunité sur leur chemin. Leur rituel collectif consiste alors à  » nouer son cœur  » en faisant huit nœuds ( représentant l’épreuve) sur une corde ( le coeur), qu’ils vont dénouer ( symbole de la résolution), montrant ainsi que, encore une fois, tout est duel et que l’on ne peut délier un problème qu’en le reconnaissant comme sien puis en affrontant la difficulté pour la résoudre.

La pratique : Procédez comme les Massaïs, qui visualisent leurs émotions (peur, tristesse, colère, abattement, désir de vengeance…) après le rituel collectif de la corde, et les transportent vers le coeur pour les bruler et les transformer en vie énergie, à la manière de l’alchimiste qui, dans son athanor, transforme le plomb en or.

Interrogez ensuite votre épreuve comme les Massaïs qui parlent à l’épreuve en ami. Que veux-tu me dire ? Quelle est ma responsabilité ? Dois-je attendre ou agir ? Quelle direction dois-je prendre ?

Notez toutes les réponses qui vous viennent spontanément sans les censurer ni les juger.

 

  • 4.EUNOTO : Devenir un planteur.

A la posture du constructeur, les Massaïs préfèrent celle du planteur. Alors que le premier se concentre uniquement sur la réalisation de l’objet qu’il s’est fixé, la construction, le second plante son arbre, le soigne, mais accepte de faire avec ce qui lu échappe ( le rythme de croissance, les aléas de la météo…). Concrètement, être planteur c’est se mettre en phase avec le moment présent, s’adapter et se maintenir dans un état entre vigilance et confiance, volonté et humilité. Cette souplesse est facteur de sérénité, de patience et met à l’abri de la colère et de la déception.
La pratique : Ancrez-vous, comme l’arbre, dans le moment présent. Les Massaïs disent  » le passé est un pays où je n’habite plus. » Ici et maintenant que ressentez-vous ? Comment pouvez-vous composez au mieux avec la situation et les personnes présentes ? Que charriez-vous d’inutile et de pesant du passé ? Quelles projections anxieuses vous empêchent  de gouter à la saveur du présent ?
Plantez un arbre, prenez soin d’une plante. Cela vous incitera à mettre momentanément les  » je veux  » sur la touche et vous aidera à faire simplement avec ce qui est.

 

  • 5. AINGORU ENKITOO : Rechercher le bon ordre

Être dans la justesse – dans ses mots, ses actions -, cela signifie pour les Massaïs être reliés à Enk’Aï. Une posture qui exprime  » avoir l’expression claire et la démarche alerte « . La clarté du regard signifiant que la cohérence intérieure se voit à l’extérieur, et la démarche alerte témoignant d’un sentiment de légèreté et de sécurité dû à la certitude de marche sur son bon chemin. Troubles, conflits, agitation sont, en revanche, les signes que l’on s’est décentré et que l’on s’est éloigné de sa « mission. » Car, pour les Massaïs, être en quête du bon ordre, c’est aussi chercher ce que l’on est vénu faire sur terre.
La pratique : Écoutez les messages de votre corps lorsque vous avez fait un choix, pris une décision. S’ils sont justes, sous les émotions superficielles ( appréhension, excitation), vous devez ressentir une vague de calme, une sensation de paix intérieure, qui peut se traduire en mots par  » ce n’est pas facile mais c’est juste « . En revanche, interrogez-vous si vous ressentez des tiraillements, de l’inconfort, de l’agitation mentale et physique, et que ces sensations durent ou se manifestent chaque fois que vous pensez à votre choix ou à votre décision.

Par Flavia Mazelin Salvi

 

DISPONIBLE ICI

 Source : http://lapressegalactique.net/2014/05/08/vivre-la-spiritualite-africaine-au-quotidien/

Catégorie Kenya

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